Biocentrisme et environnementalisme : une différence de nature

Biocentrisme et environnementalisme : une différence de nature

Les partis traditionnels dits de gauche, de droite, du centre ou d’au-delà de tout clivage ont hélas tous conservé comme base de leur réflexion le dualisme qui les ont fait opposer non seulement le bien et le mal, le vrai et le faux, le pour et le contre mais l’homme et la femme mais l’être humain et l’être animal.

Les écologistes, les vrais, ceux qui croient sincèrement que la biodiversité doit être préservée, que la survie des espèces doit être garantie, que les êtres sensibles humains et animaux doivent pouvoir accéder au bien-être, même s’ils se répartissent entre différents mouvements ou partis, partagent les mêmes convictions, celles de la qualité de vie…de préférence au niveau de vie.

Au-delà de cette convergence, il existe certes « des mouvements intellectuels très divers et parfois hostiles les uns envers les autres, au prétexte de nuances constituant cependant leur fructueuse diversité. »*

La véritable différenciation entre les écologistes n’est pas entre les adhésions des unes, des uns ou des autres aux différents partis politiques : Cap 21 au Modem, les Verts à Europe Ecologie, le MEI dans l’ Alliance écologique…et d’anciens Verts un peu partout mais dans le rapport à l’animal, être sensible.

Cette différence n’est pas une différence de degré ou de niveau mais une différence de nature.

Pour le biocentrisme, la vie humaine et non humaine – en tant qu’individu et espèce – sont des valeurs en soi, indépendantes de leur utilité.

Pour l’environnementalisme (humanisme) : « Parler des plantes qui doivent être préservées comme réservoirs de remèdes est plus efficace que de plaider pour leur droit à la vie. »**
Ce qui sous entend que les plantes « inutiles » peuvent disparaître sans remords.

Noël Mamère va beaucoup plus loin quand il affirme : « L’écologie politique ne peut plus se contenter de s’arcbouter sur la défense de la Nature en tant que telle mais doit générer un nouvel humanisme qui dépasse à la fois le biocentrisme et l’anthropocentrisme.*** »Boris Cyrulnik****, lui, très heureusement, réintègre l’homme dans la communauté du vivant : « Il ne s’agit plus de couper l’homme de la nature et de l’opposer au reste du vivant : il s’agit, au contraire, de lui donner sa place dans le vivant. »
Enfin Aldo Léopold *****explique de façon très claire pourquoi la théorisation de l’écologie politique n’a toujours pas été élaborée : il évoque, dès 1949, le clivage – selon lui, irréductible – qui sépare, en deçà de leurs dissensions internes superficielles, les écologistes anthropocentristes (A) et les écologistes biocentristes (B).

« Un groupe (A) ramène la terre au sol et sa fonction à sa capacité de produire ; un groupe (B) considère la terre comme un biote (écosystème) et sa fonction comme quelque chose de plus vaste. » Et il élargit sa réflexion à la gestion de la forêt, à l’agriculture entre une agriculture productiviste [ groupe (A)] et une agriculture biologique [ groupe (B)], à la flore, à la faune…
Ainsi ce qui distingue le biocentrisme et l’environnementalisme est bien une différence de nature, une différence de compréhension des êtres et des chose, une différence dans le rapport à autrui et tout particulièrement dans le rapport à l’être sensible qui est « être animal. »
……………
* Extrait de l’introduction de notre manifeste pour une écologie éthique.
** Propos d’un ancien vice président à l’environnement du MEI [ Mouvement Ecologiste Indépendant]
*** :Extrait du texte signé Noël Mamère –député Vert – pour les journées d’été 2002 des Verts et paru en « tribune » dans le journal Le Monde du 22 août 2002
**** L’ensorcellement du Monde, Boris Cyrulnik, 2001 – Editions Odile Jacob poches – 2003
***** Extrait de « Almanach d’un comté des sables » – 1949 – Aldo Léopold – Editions Flammarion – 2000.

Jean-Claude Hubert
Biocentriste – Abolitionniste
Vice Président de la CVN pour une écologie radicale

http://www.ecologie-radicale.org

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