Seuils de résistance rédhibitoires

Seuils de résistance rédhibitoires*

Un ami me disait récemment : « Je suis d’accord avec ce que tu penses à 80 %
- Et alors ?
- Alors je suis d’accord avec toi. »

Chacune et chacun d’entre nous, suivant le milieu social, les milieux éducatif et culturel, les voisins, les copains et amis, l’enracinement ou le déracinement géographique, bénéficie d’un certains nombre de repères, de référentiels forgés au cours de notre existence.

Dans la période actuelle de mutations accélérées, nos capacités d’adaptation sont mises à rude épreuve. Nous devons affronter de nouvelles technologies : celle de l’informatique étant la plus généralisée. Nous devons accepter de modifier un certain nombre de nos comportements mais aussi accepter de nouveaux concepts, de nouvelles idées et de nouvelles valeurs…comme celle de l’être sensible humain et animal, par exemple.

Parallèlement nous devons refuser certains conditionnements culturels et renoncer à des traditions plusieurs fois millénaires.

C’est dans ces domaines du « refus » et du « renoncement » que les seuils de résistance deviennent rédhibitoires.

Oui, nous devons renoncer à la pensée dualiste, celle qui discrimine, celle qui oppose, celle qui exclut, celle qui extermine !
Oui, nous devons renoncer à la bipolarisation de la vie politique !
Oui, nous devons refuser la prolifération de la population humaine sur la terre !
Oui, nous devons refuser un modèle économique qui conduit à la dévastation de la biodiversité de la planète !

Chacune et chacun sent bien que ces renoncements et ces refus sont incontournables.

Chacune et chacun fait bien un effort – ou même beaucoup d’efforts – pour y parvenir. Mais cette déculturation a ses limites.

C’est ce qu’on peut appeler les seuils de résistance rédhibitoires.

La nouvelle approche de pensée biocentriste ? Oui, mais jusqu’où ? L’amphore se souvient toujours du premier parfum qu’elle a reçu. Toute conscience garde toujours le souvenir de la première éducation qu’elle a reçue.

Chacun des grands questionnements ou défis de notre époque se heurte à un seuil de résistance rédhibitoire au-delà duquel la personne ne peut aller.

Renoncer à la démographie galopante : oui, à condition de commencer chez les autres.
Renoncer à l’économie de marché : oui mais en conservant un capitalisme rénové à visage humain.
Refuser les discriminations : oui, à commencer par celles à l’égard de nos semblables sans retenir celles à l’égard de l’être sensible animal.

A chaque fois et pour chaque thème novateur : l’éthique, la radicalité, le biocentrisme, l’ABolitionnisme se dresse un seuil de résistance qui freine la capacité d’adaptation et le potentiel d’innovation.

D’où l’exigence, pour avancer, de rester « ouvert » à toutes les démarches courageuses, de rester « ouvert » sans exclusives aux initiatives convergentes et déterminées des personnes qui ne font pas de ces seuils un obstacle radical et insurmontable.

* rédhibitoire : qui constitue un obstacle radical.

Jean-Claude Hubert
Biocentriste – ABolitionniste
Vice Président de la CVN

http://www.ecologie-radicale.org

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