Créer un lien d’appartenance

Créer un lien d’appartenance

De nombreuses personnes, associations et mouvements dénoncent la parcellisation, l’émiettement, l’effritement des pensées et des actions et à chaque initiative de l’une d’elles ou de l’un d’eux, les exhortations au rassemblement et à l’unité refont surface comme les bannières lors des processions et les banderoles lors des manifs.

Chacune et chacun déplorent avec force et conviction les querelles de chapelles et le combat des chefs, petits ou grands.

Parfois on essaye de contourner cet obstacle en faisant de cet « émiettement » une fructueuse diversité et de cette fructueuse diversité une richesse. Après tout pourquoi pas…jusqu’à un certain seuil au-delà duquel ce n’est plus qu’un aveu de faiblesse et de médiocrité !

Cultiver la spécificité, la particularité peut donner à son promoteur le sentiment d’exister et qui plus est « d’exercer des responsabilités » mais ne saurait en aucun cas être synonyme d’efficacité.

Les communautés, les clans, les familles dissolvaient souvent l’individu au service du collectif. Et l’on pouvait parler d’esprit de famille, d’esprit de clan, d’esprit communautaire. Tout individu avait conscience d’appartenir à une entité de valeur supérieure à l’égard de laquelle il se sentait « attaché » et même soumis. Ainsi la « nation », la « patrie », la « religion », la « philosophie » avaient réussi à créer des liens très forts d’appartenance.

Aujourd’hui la « liberté » de chacune et de chacun, associée aux vagues migratoires et à l’interpénétration des cultures, conduit à isoler l’individu en effilochant sinon en rompant tout lien d’appartenance. La surpopulation et les crises économiques successives ont accentué cette « liberté » et sa fragilité.

Le tout pour soi et le total désintérêt pour les autres cristallise toutes les oppositions sous forme de discriminations : entre homme et femme, résident et étranger, être humain et être animal….

Le tissu sociétal s’effiloche, se désagrège.

En 2013, ou même un peu avant, 7 milliards « d’électrons libres » s’épanouiront à la surface de la Terre. Mais dans 3 ans nul ne peut imaginer ce que seront les forces politiques, économiques et sociales qui réguleront notre société.

Toute société tire sa cohérence d’un certain nombre de concepts, d’idées et de valeurs qui structurent ses forces vives.

Albert Einstein disait déjà qu’on ne résout pas un problème avec le mode de pensée qui l’a généré.

Sans doute faut-il admettre que de nouveaux concepts, que de nouvelles idées et que de nouvelles valeurs seront nécessaires pour structurer les civilisations de demain.

Sans doute faut-il accepter de créer de nouveaux liens d’appartenance.

Sans doute faut-il avoir l’humilité de constater que certains nouveaux concepts émergent aujourd’hui. Parmi ceux-ci, le nouveau regard que nous portons sur l’être animal.

Le concept « d’être sensible » est déjà matérialisé dans la rédaction du traité de Lisbonne.

La notion « d’être sensible » accueille aussi bien l’être humain que l’être animal : n’est-ce pas l’ébauche d’un nouveau lien d’appartenance ?

Jean-Claude Hubert
Auteur de l’essai : « Les Temps Biologiques »
Editions Sans Amarre (2009)
www.sansamarre.com

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